Comment la police interroge : chronique

Entre septembre 2021 et Juin 2022 nous publions une chronique sur les techniques d’interrogatoires policières dans le journal suisse d’écologie politique Moins! Elles sont mise à jour dans cet arcticle au fur et à mesure de leurs parutions.
Ces textes sont des extraits du livre à parraître : Comment la police interroge – et comment s’en défendre. Pour être tenu.e au courant de sa sortie, inscrivez-vous à notre newsletter en nous envoyant un mail à evasions[at]riseup.net

Depuis qu’elle existe, la police est l’institution qui réprime avec violence les tentatives radicales et émancipatrices de changement sociaux. Aujourd’hui, force est de constater que, lois liberticides (de la MPT au passeport vaccinal), emprise technologique et recrudescence de la répression à l’égard des mouvements contestataires aidant, plus aucun.e militant.e écologiste ne semble à l’abri, un jour ou l’autre, d’un interrogatoire de police. C’est pourquoi Moins! a le plaisir de publier dans cette nouvelle rubrique des extraits du livre à paraître « Comment la police interroge », écrit par le Projet-Evasions, dans le but de se défendre efficacement face à l’autorité.

Introduction du de la revue Moins!

1/5 Bons flics, méchants flics


Septembre-octobre 2021 |

Assise dans un petit bureau tout bétonné, tu as devant toi un inspecteur particulièrement agressif qui gesticule, hausse la voix, t’injurie et te menace. Tout d’un coup, la policière derrière lui, l’interrompt, s’assoit en face de toi et te regarde calmement. Elle déclare d’une voix rassurante que tout est moins grave que ce qu’il n’y paraît, que c’est bientôt fini, que tu dois juste répondre à ces quelques petites questions et qu’ensuite, promis, tu pourras partir. Tu cèdes? Non? Alors le premier flic, tape sur la table, te foudroie du regard, menace de te ramener en cellule et de t’y garder pour la semaine, et puis te pose des questions très précises auxquelles tu n’as aucune envie de répondre. Quand la flic « sympa » voit que le thème abordé t’est désagréable, elle coupe son collègue et te lance sur un autre sujet, qui paraît inoffensif et sur lequel tu t’engages volontiers ne serait-ce que pour que le flic « méchant » reste à l’écart et éviter les sujets sensibles. Sauf que petit à petit les questions te ramènent gentiment vers le sujet indésirable et que le flic « méchant » n’attend qu’une occasion pour te sauter dessus. Tiendras-tu le coup ?

Bienvenue dans la stratégie du bon flic / méchant flic, grand classique des séries policières.

Lors de cette stratégie d’interrogatoire, l’un.e des policier.ères aura une attitude agressive et menaçante, attaquant frontalement des sujets désagréables et inconfortables. À l’inverse, l’autre prendra une attitude rassurante, calme, presque bienveillante. Entre eux, tu es comme une balle de ping-pong, envoyée de l’un.e à l’autre jusqu’à ce que tu craques. Le rôle du flic « méchant » est de te mette la pression, te pousser dans tes retranchements, t’épuiser et t’effrayer. Lorsque le.la deuxième inspecteur.inspectrice juge que tu es prêt.e à craquer, ou lorsqu’un sujet particulièrement sensible est abordé, il.elle prend le relais, te rassure, t’offre un verre d’eau ou une pause, et d’une voix calme te fait des promesses avant de reprendre les questions ; « on veut juste une réponse à cette question ensuite vous pourrez rentrer chez vous ».

Pour se concerter et savoir quand passer la main à l’autre, les policiers.policières utilisent des signaux spécifiques, comme un mot, un signe corporel, ou même une intonation.

En fonction de l’ambiance que la police souhaite créer, la disposition des chaises dans la salle d’interrogatoire sera différente. Face à face s’ils souhaitent créer une ambiance de confrontation et chaise sur le côté de la table s’ils souhaitent t’amener dans une position réconfortante et collaborative.

Les deux rôles ne sont pas nécessairement présents en même temps. Plusieurs entretiens peuvent d’abord avoir lieu avec des flics au rôle de « méchant » uniquement. Puis, arrivent deux inspecteurs.inspectrices, calmes et rassurant.es. Et tu te doutes bien que si tu ne coopères pas, les flics agressif.ves reviendront. 

Passer rapidement d’une émotion à une autre entraîne un épuisement émotionnel. Cette tentative d’influencer tes émotions par un comportement spécifique s’appelle la contagion émotionnelle. En effet, l’état émotionnel d’une personne en face de nous influence notre propre émotion. Rencontrer une personne agressive pourra nous mettre dans un état de colère, de peur ou de stress alors que rencontrer une personne calme et douce créera de la tranquillité mais peut-être aussi de la méfiance. Avec ce mécanisme, on peut influencer un état émotionnel qui change au rythme des interlocutrices et de leurs comportements. C’est cela qui provoque un grand épuisement mental. Lié au stress de l’interrogatoire et à la peur d’être à nouveau confronté au flic « méchant », le risque de céder plus facilement au flic « gentil » est réel.

Pour se protéger, rien de mieux que le silence, ou de répéter en boucle « je n’ai rien à déclarer« . Plus vite les policiers.policières comprendront que tu ne vas pas t’engager émotionnellement dans leur stratégie, plus vite ils.elles te laisseront tranquille.